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D’une année à l’autre, d’un extrême à l’autre

Vendredi 11 janvier 2019
Portrait couleur de François GAZIER, auteur de l'article : D’une année à l’autre, d’un extrême à l’autre

Alors qu'il y a tout juste un an, la croissance mondiale était en pleine phase d'accélération sur un rythme déjà supérieur à son potentiel de long terme, le contexte de ce début d'année 2019 se situe radicalement à l'opposé, dans la continuité d'une fin d'année 2018 très adverse.

En conséquence directe, tandis que l'accélération de la croissance avait provoqué un brusque accès de tension sur les taux longs américains, le ralentissement de ces derniers mois, se traduit par un net reflux de ces taux, les bons du trésor américain à 10 ans, passant de 3,25 % à 2,70 % après un récent point bas à 2,58 %. Ce mouvement, couplé à la remontée des taux directeurs menée par la FED est venu alimenter les craintes d'inversion de la courbe des taux, signe avant-coureur de récession.

Revenant sur le début 2018, nous citions alors les principaux facteurs de risques. Le premier sur les taux d'intérêt, qu'il vienne d'une poussée inflationniste ou d'un faux pas de politique monétaire, le second sur la montée du protectionnisme émanant des Etats-Unis.

Le premier facteur s'est manifesté dès le mois de février à partir d'une accélération de la progression des salaires aux Etats-Unis, puis de nouveau en novembre, provoqué cette fois-ci par une politique monétaire de la Réserve Fédérale, jugée trop ferme et en décalage avec les signaux de ralentissement.

Le second facteur a occupé le devant de la scène dès le mois de mars avec l'instauration de droits de douane et, hormis quelques intermèdes, est allé crescendo avant les élections de mi-mandat notamment.

A ces obstacles d'incidence mondiale, sont venues s'ajouter les nombreuses difficultés européennes (négociations sans fin sur le Brexit, élection du gouvernement de coalition populiste en Italie suivie de négociations tendues sur le budget du pays, entrée en vigueur des nouvelles normes sur l'industrie automobile affectant lourdement l'économie allemande et enfin, mouvement contestataire des gilets jaunes en France).

Cet enchainement d'adversité n'a pas manqué d'entrainer une forte remontée de la volatilité et de l'aversion au risque sur les marchés financiers, qui malgré des phases de rebond au printemps et en fin d'été, ont été emportés par la forte correction du marché américain intervenue sur le dernier trimestre et subissant sur décembre sa plus forte baisse depuis le mois de février 2009.

Malgré une baisse des tensions politiques et la détente des taux longs au mois de décembre, permettant une reconstitution des primes de risque, les tentatives de rebond de fin d'année ont été pour le moins éphémères.

La première semaine pleine du mois de janvier marque en revanche un rebond plus consistant, porté par les espoirs sur l'issue des négociations sino-américaines en cours et par les mesures de soutien à son économie de la part du gouvernement chinois.

Fondé sur ces espoirs alimentés par les communications flash très politiques du Président Trump, et probablement par des valorisations redevenues attractives offrant des opportunités comparables à la saison des soldes qui démarre (si l'on exclut le scénario extrême d'une récession sévère), l'issue finale de ces négociations reste cependant déterminante pour la direction des marchés.

Pour l'instant, la volonté des parties d'aboutir à un accord global est démontrée, tant leurs économies sont et d'ores et déjà affectées l'une comme l'autre par ce conflit. A ceci s'ajoute le fait que l'entrée en campagne pour les prochaines élections américaines approche…

Plus largement, le calendrier du premier trimestre comporte de nombreuses échéances clés (vote par le Parlement britannique sur l'accord de retrait de l'Union Européenne et qui avait été reporté au 15 janvier, réunion de la FED en fin de mois, publication fin février du rapport du Département du Commerce américain sur les importations automobiles, fin de la trêve et des négociations sino américaines début mars, question du plafond de la dette US en mars, dont dépendra la capacité à émettre de nouveaux emprunts, puis date butoir du 29 mars pour le Brexit).

En attendant ces éclairages cruciaux, la prudence reste de mise, hormis pour les tempéraments les plus audacieux et contrariants.

Achevé de rédiger le 10 janvier 2019

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