

Au cours de ces dernières semaines, les marchés financiers ont pris l'aspect d'un boxeur sonné sous une avalanche de coups.
Le resserrement monétaire accéléré par la Réserve fédérale américaine face à une inflation galopante, le conflit Russo-Ukrainien donnant lieu à de nouvelles sanctions, les confinements en Chine affectant les chaines d'approvisionnement sont autant de rudes coups assenés aux marchés.
Hormis le dollar roi, aucune classe d'actifs n'a été épargnée. Sur les marchés d'actions, les valeurs de croissance (secteur technologique en majeur), les plus sensibles à la hausse des taux, affichent les plus fortes corrections. L'indice Nasdaq perd plus de 13 % sur le mois d'avril, soit le plus fort repli mensuel depuis octobre 2008. En baisse de près de 9 % sur le mois, l'indice S&P500 enregistre sa plus forte correction depuis l'effondrement de mars 2020 lors de la crise pandémique mondiale.
Sur les marchés d'obligations (d'Etats comme d'entreprises), le qualificatif de krach obligataire illustre ces quatre premiers mois de l'année, confrontés à un emballement à la hausse sur les taux longs.
La volatilité exprimée par l'indice VIX (ou indice de la peur car reflétant le niveau d'aversion au risque) s'est de nouveau envolée, à des niveaux proches de ceux atteints le 7 mars dernier.
Paradoxalement, les publications des résultats du premier trimestre, qui avaient lieu sur la même période, se sont avérées pour la plupart supérieures aux attentes.
Il en résulte un fort ajustement à la baisse sur les valorisations des entreprises de croissance dont les multiples atteignent des plus bas depuis cinq ans.
Après un tel round, les investisseurs tentent d'évaluer la capacité du boxeur sonné à riposter.
Pour cela, outre les facteurs exogènes comme un éventuel élargissement de la guerre Russo-Ukrainienne, couplé aux tensions avec les pays membres actuels et en devenir de l'OTAN (Finlande et Suède), par nature très imprévisibles, les marchés scrutent les données économiques ainsi que les commentaires des représentants des banques centrales, au premier rang desquelles se situe la Réserve fédérale.
A cet égard, ce sont les chiffres de l'inflation aux Etats-Unis qui importent le plus.
Pour le mois d'avril, la progression des prix à la consommation ralentit légèrement, au rythme annuel de + 8,3 % contre un rythme de + 8,5 % en mars, mais reste supérieure aux attentes. L'inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) ressort à + 6,2 % contre + 6,5 % en mars, tandis que le consensus espérait un chiffre de + 6 %. Plus en détail, l'inflation recule sur les biens mais accélère sur les services (voyages et loisirs en fort rattrapage post pandémie notamment).
Publiés le lendemain pour ce même mois d'avril, les prix à la production décélèrent aussi, au rythme annuel de + 11 % contre + 11,5 % en mars, mais là encore ressortent au-dessus des attentes des économistes qui les situaient à + 10,7 %.
Le marché de l'emploi demeure sous tension avec un ratio offre d'emploi sur demande de 1,9. Le taux de chômage reste inchangé à 3,6 % et le salaire horaire affiche une hausse de 0,3 % contre une progression de 0,4 % par mois tout au long du premier trimestre.
L'indice de confiance des ménages de l'université du Michigan publié le 13 avril recule plus qu'attendu, à 59,1 points, contre 62,2 points le mois précédent.
Comme elle y avait préparé les marchés financiers, la FED a relevé ses taux directeurs de 0,50 %, en indiquant son intention de les relever également d'un demi-point en juin et en juillet. La réduction de son bilan débutera le premier juin sur un rythme agrégé de 47,5 milliards USD par mois, puis du double, soit 95 milliards USD par mois à compter de septembre.
En zone euro, l'activité manufacturière est affectée par les difficultés d'approvisionnement. Le PIB manufacturier fléchit à 50,4 points sur avril, contre un précédent de 53,1 points en mars. Le secteur de la construction souffre particulièrement des pénuries de matières premières, auxquelles s'ajoutent des difficultés de recrutement.
La Commission Européenne vient d'ailleurs d'abaisser à nouveau ses prévisions de croissance pour l'année, à 2,7 % contre 4 % auparavant.
L'inflation commence à se diffuser à l'ensemble des secteurs. Les prix à la production affichant sur le mois une hausse de 5,3 % en base annuelle, il est clair que ce mouvement va persister sur les prochains mois.
Tandis que la BCE n'envisageait pas de première hausse de taux avant l'automne, sa Présidente Christine Lagarde vient d'évoquer le mois de juillet pour cette première action de resserrement monétaire. La faiblesse de l'euro face au dollar ne fait qu'accentuer le problème, par un effet d'inflation importée.
En France, l'inflation calculée par l'INSEE accélère à + 4,8 % en avril contre + 4,5 % en mars, principalement tirée par les prix de l'énergie, de l'alimentation et des services.
En Chine, les derniers indicateurs publiés ce matin intègrent les effets des confinements sévères. Chutant de 11,1 % en rythme annuel, les ventes au détail affichent leur plus forte contraction depuis mars 2020. Également exprimée en base annuelle, la production industrielle se replie de 2,9 % sur avril, après une hausse de 5 % en mars. Estimant le pic de l'épidémie passé et faisant face à une contestation de plus en plus vive de la part d'une population excédée, les autorités de Shanghai viennent d'annoncer viser un déconfinement complet à compter du 1er juin ainsi que la réouverture des surfaces commerciales et des pharmacies.
Alors que la lutte contre l'inflation est devenue la priorité des banques centrales (Chine mise à part), la difficulté de l'exercice est de ne pas trop peser sur l'activité économique, déjà bien malmenée par les conséquences du conflit et de la politique sanitaire chinoise.
Les marchés financiers ont manifestement pris acte de tous ces obstacles. Le degré d'aversion au risque est tel que la moindre éclaircie d'un ciel si sombre pourrait se traduire par un fort réajustement, dans le bon sens cette fois-ci !
Achevé de rédiger le 16 mai 2022
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