

En cette rentrée morose, l'introduction en Bourse de Porsche annoncée pour le 29 septembre me donne l'occasion de parler « voitures de sport » et d'oublier quelques instants des sujets plus sérieux comme la guerre en Ukraine, l'inflation ou le Covid.
La matière passionne généralement plutôt la gent masculine de ma génération, mais elle est de plus en plus décriée par les écologistes et les nouvelles générations attirés par des nouveaux modes de mobilité. C'est l'occasion de s'interroger sur cette introduction en bourse (IPO) spectaculaire, car en valorisant la société entre 70 et 75 milliards €, le groupe Volkswagen préparer la seconde plus importante IPO de l'histoire de l'Allemagne, et la 5ème plus grosse levée de fonds d'Europe.
En pleine crise de l'énergie, de restriction de circulation des automobiles dans les grandes villes (Paris en-tête qui organisait encore hier une journée symbolique « sans voiture »), de généralisation des limitations de vitesse, et du boom des transports en commun ou partagés, on peut se demander si l'automobile a encore de l'avenir.
Au tout début du siècle dernier aux États-Unis, Ford se lançait dans la fabrication à la chaîne du « Modèle T » qui s'est imposée rapidement comme la première voiture « populaire ». En 1937, Volkswagen a été créée pour produire « la voiture du peuple » voulue par le chancelier Hitler. Et c'est Ferdinand Porsche qui a dessiné les premiers modèles de la mythique Coccinelle produite en grande série à partir de 1940. Au milieu des années 60, le gouvernement soviétique décidait à son tour de créer sa « voiture du peuple » dans une usine sovieto-italienne qui prendra quelques années plus tard le nom de Lada, en partant sur une base de Fiat 124. Les ingénieurs Porsche ont aussi travaillé sur la carrosserie de certains modèles de la marque.
Un siècle plus tard, la voiture est de moins en moins « populaire » dans tous les sens du terme, puisque les politiques opèrent un virage historique de diabolisation des transports individuels et de la voiture en particulier, montrée du doigt pour son impact négatif sur l'environnement. Il faut admettre que la surpopulation au niveau mondial, et l'industrialisation des pays émergents, posent de plus en plus de problèmes à notre planète.
Dans le secteur de l'automobile, certaines marques de « luxe » et de « sport » sortent du lot. Porsche bénéficie d'une excellente réputation parmi les consommateurs européens, mais aussi à l'international. Au point d'attirer même des collectionneurs qui réalisent parfois des plus-values substantielles sur certains modèles. Un phénomène rarissime dans l'univers de l'automobile puisqu'en dehors de Ferrari et Porsche, l'achat d'une automobile est presque systématiquement synonyme de dépréciation financière garantie sur les 10 ou 20 premières années. En temps normal, il faut généralement compter une trentaine d'années pour qu'un véhicule puisse espérer accéder au statut de véhicule de collection, à condition qu'il présente un intérêt particulier (technique, historique, rareté ou design) aux yeux des collectionneurs.
Dans le cas présent, il me paraît intéressant de comparer Porsche et Ferrari, car les 2 groupes dont ils sont issus, Volkswagen et Fiat, ont suivi des chemins parallèles qui aboutissent à introduire en bourse leur marque premium.
Ferrari, indépendant depuis 2015 du groupe Fiat, va de records en records en bourse. Elle affiche une performance de +436 % depuis son introduction il y a moins de 7 ans, contre un peu moins de +15 % pour l'indice Euro Stoxx 50 sur la même période !
Elle est aujourd'hui la marque automobile la plus rentable du monde, avec un gain moyen de l'ordre de 70 000 € par véhicule, soit une marge de près de 25 %. Et la marque excelle dans l'art de gérer la pénurie pour entretenir la flamme des acheteurs.
Cette tendance est-elle pérenne, et Porsche a-t-elle les moyens d'emboîter le pas au « Cheval Cabré » de Maranello ? Elle semble en tout cas avoir un ADN commun avec la firme d'origine italienne. Elle se place déjà au second rang de la rentabilité avec une marge entre 17 et 18 %, et un objectif à long terme supérieur à 20 %. Et si vous regardez de près l'écusson doré des Porsche, vous verrez au centre un cheval cabré, emblème de Stuttgart, qui rappelle étrangement le symbole de… Ferrari.
L'américain Peter Lynch, gérant star du fonds Magellan de Fidelity de 1977 à 1990, auteur de plusieurs best-sellers (dont « Et si vous en saviez assez pour investir en Bourse ? » dont je recommande toujours la lecture car les règles énoncées sont intemporelles), a énoncé des principes simples dont celui-ci : achetez les actions des sociétés dont vous avez envie d'acheter les produits.
Par exemple, vous ne jurez que par l'iPhone, investissez dans Apple. Vous ne pouvez plus vous passer du moteur de recherche Google, investissez dans l'action de la société qui vous offre ce service. Vous rêvez d'acheter une Porsche ?
Je n'ai ni les compétences des analystes spécialistes du secteur automobile, ni la boule de cristal, qui me permettraient de vous donner un conseil boursier sur telle ou telle valeur en particulier. Mon propos consiste plutôt à vous donner matière à réflexion.
Une chose me paraît évidente : posséder une voiture devient progressivement, mais rapidement, un vrai « luxe ». Pour jouer ce secteur, mieux vaut donc, à mon avis, miser sur les marques qui ont une longueur d'avance dans le domaine du luxe et qui pourront exercer leur « pricing power » sur des volumes en baisse. Et Porsche fait partie de ces marques qui ne manquent pas d'atouts, dans une industrie entre déclin et renouveau et qui doit se réinventer.
Alors, êtes-vous prêts à faire rentrer une Porche dans votre garage… et/ou dans votre portefeuille ?
Editorial extrait du Parlons Finances n°89
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